Une AESH (Accompagnant d’Élève en Situation de Handicap) ne peut pas remplacer un enseignant, gérer seule un groupe d’élèves ou effectuer des tâches administratives. Nous vous expliquons précisément le cadre légal qui délimite les missions autorisées et interdites pour éviter tout dépassement de fonction. Cette méconnaissance du périmètre d’intervention expose les professionnels à des sanctions disciplinaires et compromet la qualité de l’accompagnement. Voici les éléments essentiels à retenir :
- Les missions sont strictement définies par le PPS et la notification CDAPH
- L’intervention se limite aux élèves désignés officiellement
- Toute action s’effectue sous la responsabilité pédagogique de l’enseignant
- Le dépassement de fonction engage la responsabilité personnelle et juridique
- Des ressources officielles encadrent précisément chaque situation
Qu’est-ce qu’une AESH et quel est son rôle officiel ?
L’AESH accompagne des élèves en situation de handicap dans leur parcours scolaire inclusif. Son rôle se concentre sur trois axes principaux définis par le Code de l’éducation : l’aide à la vie quotidienne, le soutien aux apprentissages et l’accompagnement dans la vie sociale et relationnelle. Cette mission s’exerce uniquement auprès des élèves désignés par la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH).
Nous insistons sur le caractère personnalisé de cet accompagnement. Chaque intervention se base sur une évaluation individuelle des besoins, formalisée dans le Projet Personnalisé de Scolarisation. L’AESH ne constitue pas une aide générale à la classe, mais bien un soutien spécialisé pour des élèves identifiés avec précision.
Le statut professionnel des AESH a évolué depuis 2014 avec la création d’un véritable métier de la fonction publique. Cette reconnaissance s’accompagne d’obligations déontologiques strictes et d’un périmètre d’intervention clairement défini par les textes réglementaires.
Le cadre légal qui définit les missions des AESH
Le décret n°2014-724 du 27 juin 2014 précise les conditions d’emploi des AESH et constitue le socle juridique de référence. Ce texte s’appuie sur la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées, qui consacre le droit à la scolarisation en milieu ordinaire.
Le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) constitue le document opérationnel qui détaille les besoins spécifiques de chaque élève. Élaboré par l’équipe pluridisciplinaire de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), il définit précisément les modalités d’accompagnement, la quotité horaire et les objectifs poursuivis.
La circulaire n°2017-084 du 3 mai 2017 complète ce dispositif en précisant le fonctionnement des Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisé (PIAL). Ces structures organisent la coordination des moyens d’accompagnement au niveau territorial et garantissent la cohérence des interventions.
Nous soulignons que ce cadre légal protège à la fois les élèves, les familles et les professionnels. Il assure la qualité de l’accompagnement tout en prévenant les dérives et les malentendus sur les missions attendues.
Les tâches interdites pour une AESH
Nous identifions plusieurs catégories de missions strictement interdites par la réglementation. La première concerne le remplacement d’enseignant : l’AESH ne peut jamais assurer seule la responsabilité pédagogique d’une classe, même pour quelques minutes. Elle ne prépare pas les cours, ne corrige pas les copies, n’évalue pas les élèves et ne dispense pas d’enseignement.
La gestion autonome d’un groupe d’élèves est également prohibée. L’AESH ne peut pas encadrer globalement une sortie scolaire, assurer la surveillance générale de la cour de récréation ou de la cantine, ni prendre en charge des activités collectives sans la présence effective d’un enseignant ou d’un personnel éducatif habilité.
L’intervention se limite exclusivement aux élèves mentionnés dans la notification CDAPH. Toute aide ponctuelle aux autres enfants de la classe, même motivée par la bienveillance, constitue un dépassement de fonction. Cette règle protège l’équité de traitement et préserve la spécificité de l’accompagnement individualisé.
Les tâches administratives générales sortent du périmètre d’action : gestion des absences de tous les élèves, inscriptions, courrier administratif ou classement de documents non liés au PPS de l’élève accompagné. L’AESH peut uniquement participer aux tâches administratives directement liées au suivi de son élève.
Les soins médicaux restent du ressort exclusif du personnel infirmier et médical, sauf gestes techniques spécifiquement autorisés, formalisés dans le PPS et après formation adaptée. L’administration de médicaments nécessite une procédure particulière validée par le médecin scolaire.
Enfin, l’utilisation de l’AESH comme “bouche-trou” pour pallier des absences d’autres personnels (AED, surveillants, agents) est formellement interdite et constitue un détournement de fonction.
Différence entre missions autorisées et missions interdites
| Missions autorisées | Missions interdites |
| Aide à l’habillage, repas, déplacements de l’élève désigné | Remplacement d’enseignant même temporaire |
| Reformulation des consignes sous supervision | Correction et évaluation des travaux |
| Soutien à la communication et aux interactions | Gestion autonome de groupes d’élèves |
| Participation aux réunions ESS sur temps prévu | Tâches administratives générales |
| Accompagnement sur sorties inscrites au PPS | Soins médicaux sans autorisation spécifique |
| Aide ponctuelle aux gestes techniques autorisés | Surveillance générale de lieux collectifs |
| Soutien dans l’utilisation du matériel adapté | Encadrement d’activités hors PPS |
Pourquoi les AESH ne doivent pas dépasser leur cadre ?
Le respect strict du périmètre d’intervention protège juridiquement l’AESH et l’institution scolaire. Tout dépassement de fonction engage la responsabilité personnelle de l’accompagnant en cas d’accident ou de problème survenant lors d’une mission non autorisée. L’assurance professionnelle ne couvre pas les actes sortant du cadre légal défini.
Sur le plan pédagogique, maintenir la distinction des rôles préserve la cohérence éducative et évite les confusions dans l’équipe. L’enseignant conserve l’entière responsabilité des apprentissages, tandis que l’AESH se concentre sur l’accompagnement spécialisé. Cette complémentarité garantit l’efficacité de l’inclusion scolaire.
Nous observons que les dépassements de fonction, même bien intentionnés, créent des précédents problématiques. Ils peuvent générer des attentes inappropriées de la part de l’équipe éducative et compromettre la reconnaissance professionnelle du métier d’AESH.
Exemples concrets de situations à éviter
Nous relevons régulièrement des demandes inappropriées dans les établissements scolaires. Surveiller la cantine pour tous les élèves pendant l’absence du personnel habituel constitue un détournement de mission. De même, ranger systématiquement la classe après les cours, photocopier des documents pour l’enseignant ou distribuer les cahiers à tous les élèves sortent du cadre légal.
L’accompagnement d’un élève non désigné lors d’une sortie scolaire, même pour “dépanner”, expose l’AESH à des risques juridiques importants. La prise en charge temporaire d’un groupe d’élèves en l’absence de l’enseignant, fréquemment demandée, reste strictement interdite.
Les situations d’urgence nécessitent une analyse particulière. En cas d’accident, l’AESH peut porter secours dans le cadre du devoir d’assistance à personne en danger, mais ne peut pas prendre d’initiatives médicales dépassant ses compétences. Le recours aux services d’urgence et l’information immédiate de l’équipe éducative s’imposent.
Ce qu’un AESH peut faire légalement
L’accompagnement dans la vie quotidienne constitue le cœur du métier. L’AESH aide l’élève pour s’habiller, manger, se déplacer, utiliser les toilettes et manipuler son matériel scolaire. Ces gestes techniques s’effectuent dans le respect de la dignité et de l’autonomie progressive de l’enfant.
Le soutien aux apprentissages permet de réexpliquer les consignes données par l’enseignant, d’aider à la prise de notes, de faciliter l’utilisation d’outils numériques adaptés et d’encourager la concentration. L’AESH traduit et adapte les situations pédagogiques sans jamais se substituer à l’enseignant.
L’accompagnement social favorise les échanges avec les camarades, développe l’autonomie relationnelle et facilite l’intégration dans les activités collectives. Cette dimension relationnelle contribue significativement au bien-être scolaire de l’élève.
Les sorties scolaires sont autorisées lorsqu’elles figurent explicitement au PPS, avec récupération des heures dépassant le contrat habituel. Les sorties avec nuitée restent facultatives et nécessitent un avenant contractuel spécifique.
La participation aux réunions de suivi (Équipes de Suivi de Scolarisation) fait partie intégrante des missions, ainsi que l’utilisation libre des heures connexes pour la préparation, la concertation et la formation personnelle.
Que faire si on vous demande une tâche hors mission ?
Nous recommandons une démarche en trois étapes face à une demande inappropriée. Premièrement, vérifiez systématiquement si la tâche demandée figure dans le PPS ou correspond aux missions légales définies. Cette vérification s’appuie sur les textes officiels et la notification CDAPH.
Deuxièmement, refusez poliment mais fermement en expliquant le cadre légal et les risques encourus. Proposez des alternatives dans votre périmètre d’intervention ou orientez vers les personnels compétents. Cette attitude professionnelle préserve les relations tout en maintenant les limites nécessaires.
Troisièmement, conservez une trace écrite de ces échanges, notamment si les demandes inappropriées se répètent. Cette documentation peut s’avérer nécessaire en cas de conflit ou de procédure disciplinaire ultérieure.
En cas de persistance ou de pressions, contactez immédiatement votre référent PIAL, l’inspecteur de circonscription ou un représentant syndical. Ces interlocuteurs peuvent intervenir pour clarifier les missions et protéger l’AESH contre les dérives.
Les risques en cas de dépassement de fonction
Le dépassement de fonction expose à des sanctions disciplinaires graduées : avertissement, blâme, exclusion temporaire et licenciement dans les cas les plus graves. La jurisprudence administrative confirme régulièrement ces sanctions pour les agents dépassant leur cadre d’intervention.
En cas d’accident survenant lors d’une mission non autorisée, la responsabilité civile et pénale peut être engagée personnellement. Les tribunaux examinent la conformité des actes au regard des missions légales et peuvent condamner à des dommages-intérêts importants.
L’assurance professionnelle obligatoire ne couvre pas les actes sortant explicitement du cadre réglementaire. Cette exclusion expose l’AESH à des conséquences financières lourdes en cas de sinistre.
Sur le plan professionnel, les dépassements répétés peuvent compromettre le renouvellement de contrat et la progression de carrière. Ils nuisent également à l’image du métier et fragilisent les revendications légitimes de reconnaissance.
Les ressources et textes officiels à connaître
Le décret n°2014-724 du 27 juin 2014 relatif aux conditions de recrutement et d’emploi des AESH constitue la référence juridique principale. Ce texte définit précisément les missions, les conditions d’exercice et les modalités contractuelles.
Le Code de l’éducation, notamment les articles D351-16-1 et suivants, précise les modalités d’accompagnement individualisé et les procédures de mise en œuvre. Ces dispositions s’inscrivent dans le cadre plus large de la scolarisation des élèves en situation de handicap.
La circulaire n°2017-084 du 3 mai 2017 détaille le fonctionnement des PIAL et les modalités pratiques d’organisation des accompagnements. Elle constitue un guide opérationnel indispensable pour comprendre les enjeux territoriaux.
Les guides publiés par le ministère de l’Éducation nationale, notamment “Accompagner les élèves en situation de handicap”, offrent des ressources pédagogiques et des exemples pratiques. Ces documents évoluent régulièrement et méritent une consultation périodique.
Enfin, les organisations syndicales et les associations professionnelles proposent des formations, des conseils juridiques et un accompagnement personnalisé. Ces ressources complètent utilement l’information institutionnelle et garantissent une pratique professionnelle sécurisée.

