À bientôt 33 ans (en septembre prochain), Granit Xhaka fait aujourd’hui partie des légendes du football suisse et de Bundesliga, mais le chemin fut tortueux !
Sanguin sur les terrains, très provocateur en dehors et capable de choix de carrière surprenant, l’international suisse a consécutivement provoqué chez les fans le scepticisme, la colère puis l’adoration. Revenons sur un parcours mouvementé, entre rejet et respect.

Formation et débuts
Né à Bâle de parents kosovars émigrés après que Xhaka senior ait purgé une peine de prison pour avoir manifesté contre le pouvoir communiste, il intègre le centre de formation du FC Bâle avec son grand frère Taulant.
Tous deux milieux de terrains, ils seront champions ensemble en 2011, puis l’aîné est prêté tandis que Granit fait le doublé en Super League suisse en 2012 et s’envole pour la Bundesliga au Borussia Möchengladbach.
Acquis pour 8,5 millions d’euros, soit le plus gros transfert de l’histoire du club à l’époque, il ne s’impose pas comme un titulaire indiscutable. Déjà jugé fougueux et brouillon, le jeune espoir agace particulièrement pour ses erreurs défensives qui lui arrivent parfois de compenser par une agressivité excessive. Et donc des cartons. Mais il est pourtant propulsé capitaine à seulement 22 ans !
Un choix fait par André Schubert « car c’est un joueur important… mais aussi quelqu’un qui doit apprendre le sens des responsabilités ».
Le choix est plutôt payant car Xhaka est incontestablement le leader technique et fait passer un cap au Borussia, malgré son sale caractère et ses fautes grossières.
Il fait parler la poudre chez les Gunners
Transféré à Arsenal pour 45M€, Arsène Wenger veut faire de lui le régulateur de son milieu de terrain en friche. Malgré quelques beaux coups d’éclat techniques, l’international Suisse semble encore un peu trop brut pour l’exigeante Premier League.
Il peut dans le même match soulever les foules par une longue passe fulgurante, puis se faire huer par un tampon dans le dos car trop lent ou pas assez concentré en défense. Ses statistiques montent, au point de devenir le meilleur passeur des 5 grands championnats en 2018. Unai Emery succéde à Wenger et il est à nouveau bombardé capitaine. Pour un mois.
Mais pour la deuxieme fois consécutive, son coach sort Xhaka pour Saka et les fans, exaspéré par son attitude le sifflent à l’Emirates un soir d’octobre 2019. Furieux, il insulte les fans, quitte le terrain sans serrer la main tendue par son manager.
Aubameyang lui prend son brassard, et les supporters semblent carrément prêts à le chasser de Londres suite à une nouvelle expulsion pour avoir saisit Ashley Westwood à la gorge. L’aventure à Arsenal semble terminée.
Red and Redemption
Puis il remonte.
Mikel Arteta arrive et le convainc de rester à Arsenal : « Quand je l’ai rencontré la première fois, mes bagages étaient déjà faits et je m’apprêtais à prendre l’avion. En mon âme et conscience, j’avais déjà quitté le club », rappelle Xhaka.
Arteta voit en lui un leader intelligent, un relais du coach malgré ses coups de sang. Après la saison interrompue par le Covid, Xhaka revient plus concentré et surtout plus discipliné. Complètement dévoué à Arteta, il accepte de jouer plus bas ou sur le côté gauche et son influence grandit jusqu’à devenir garant de la tactique du coach espagnol.
Les deux hommes vont ramener un club à la dérive aux sommets, avec en point d’orgue la sublime saison 2022-23 (sa dernière à Londres). Arsenal finit 2ème de PL, Xhaka est plusieurs fois élu joueur du mois de son club, puis de Premier League et est régulièrement salué par la presse comme les supporters. Il termine même la saison sur un doublé pour le dernier match contre les Wolves.
Mieux encore, les progrès se retranscrivent sous un autre maillot rouge et blanc : celui de la Nati. Après le geste très polémique de l’aigle albanais contre la Serbie et son rôle de capitaine de sélection est également remis en question. Un peu plus bas pour en faire une pièce plus structurante à Arsenal, la sélection au contraire le remonte et lui permet de jouer plus libre.
Dans les deux cas, il devient crucial et les sites de paris sportif Suisse le désignent souvent comme joueur le plus susceptible d’être décisif, notamment par la passe mais aussi comme buteur. Aujourd’hui, Xhaka est indissociable de l’histoire du football en Suisse :
- 6 tournois majeurs : CDM 2014, 2018, 2022 et Euros 2016, 2021, 2024
- 137 sélections : record absolu en Suisse
- Il est l’homme du match pour éliminer la France de l’Euro 2021 (1 passes décisive, 92% de précision de passes)
- La célébration de « l’aigle albanais », très décriée à l’époque mais emblématique aujourd’hui pour l’engagement politique.
Bayer Leverkusen et la consécration
Il quitte Arsenal réconcilié avec le public, mais beaucoup s’étonnent de le voir signer au Bayer alors qu’il avait grandement participé à ramener Arsenal au top de la Premier League. Serait-ce un manque d’ambition ? Que nenni.
Sous les ordres de Xabi Alonso, Xhaka devient le maestro d’un collectif spectaculaire, invaincu en BL qui termine champion d’Allemagne pour la première fois de son histoire ! Surréaliste !
De sale gosse impulsif et hué, Granit Xhaka est devenu un maître du tempo ainsi qu’un un leader vocal indestructible : plus de 90 matchs joués en une seule saison avec son club et sa sélection. Le Granit est devenu diamant !
D’ores et déjà une légende
Que ce soit avec la sélection (137 au 30 juin), en Premier League ou en Bundesliga, Xhaka n’est jamais le joueur le plus élégant, et pas toujours le plus populaire. Mais au gré de ses débuts compliqués, sa rédemption à Arsenal et le sacre à Leverkusen, il s’est imposé comme une référence européenne au milieu de terrain. L’archétype du joueur besogneux, inflexible et loyal. On ne naît pas légende, on le devient !

